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Les Tricoteuses sous la Convention thermidorienne

Les Tricoteuses jacobines, gouache de Jean-Baptiste Lesueur, 1793, musée Carnavalet.

Après Thermidor les femmes révolutionnaires réagissent brutalement avec une sorte d'énergie du désespoir où, comme de par le passé, se mêlent les revendications de subsistances et la contestation plus politique liée aux mesures prises par le pouvoir en place.

C'est au début de l'An III qu’apparut le terme de tricoteuse, essentiellement utilisé par les adversaires de la sans-culotterrie parisienne. Elles représentent alors les femmes qui suivent les débats des assemblées révolutionnaires et l'expression est synonyme de « Jacobines » ou « femmes des tribunes ».

Naissance d'un mythe

En novembre 1794, l'interdiction du club des jacobins (22 brumaire An III), puis le procès de Jean Baptiste Carrier (27 frimaire An III), deviennent pour les militants populaires les signes précurseurs d'un retour de la réaction et la société se fracture en deux partis. Les classes populaires, hommes et femmes confondus, placent immédiatement les élus de la majorité de la Convention dans le parti adverse. Si dans les rapports de police elles n'apparaissent pas comme une force particulière, assez rapidement se dégage un groupe de « femmes des tribunes » qui soutiennent les députés Montagnards, conspuent les tribunes des modérés, organisent la protestation et le désordre.

Progressivement, au cours du XIXe siècle, sera attaché au terme tricoteuse l'image du sang et de la guillotine, sous l'influence notamment de Chateaubriand.« Je ne connais que la déesse de la Raison, dont les couches, hâtées par des adultères, aient eu lieu dans les danses de la mort. Il tombait de ses flancs publics des reptiles immondes qui ballaient à l'instant même avec les tricoteuses autour de l'échafaud, au son du coutelas, remontant et redescendant, refrain de la danse diabolique »48.

Le mythe est désormais posé, une image fantasmagorique de monstre féminin assoiffé de sang que l'on retrouve chez Anatole France « La grande tricoteuse, montrant du doigt un vieillard . . . jurait que c'était le « capucin » qui avait fait le coup. La foule, aussitôt persuadé, poussa des cris de mort »49.

Dans un article de 1989 Dominique Godineau50 cite plusieurs ouvrages relativement « grand public » parus à l'occasion du bicentenaire de la Révolution. Quelles que soient les sensibilités des différents auteurs sur la Révolution, ils associent les tricoteuses « à la guillotine, au sang et à la mort . . . C'est ainsi que, dans une certaine tradition contre révolutionnaire, « la tricoteuse », monstre sanguinaire, s'identifie à une Révolution elle même monstrueuse. »51

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